28 septembre, 2026
Par José Ángel Carrillo, ingénieur agronome chez Incatema, spécialiste des nouvelles technologies et de la transformation numérique agro-industrielle
Pendant des décennies, nous avons considéré le sol agricole sous un angle strictement utilitariste, comme un simple support physique où ancrer les racines et appliquer les intrants nécessaires destinés à maximiser le rendement des récoltes. Face aux défis imposés par la crise climatique actuelle, cette façon de travailler la terre exige un changement radical de perspective. Nous ne pouvons plus perpétuer le paradigme de la science des sols en tant que science purement productiviste, car le sol vivant est aujourd’hui notre première ligne de défense et l’un des puits de carbone les plus puissants et les moins exploités de la planète.
En ce sens, l’agriculture régénérative n’apparaît pas comme une mode passagère, mais comme une nécessité agronomique incontournable. Face au modèle intensif traditionnel qui accélère la dégradation de la matière organique et affaiblit la biodiversité édaphique, les pratiques régénératives proposent de rendre au sol sa fonctionnalité biologique naturelle, comme le fait déjà Incatema dans plusieurs des projets qu’elle développe en Afrique. Réduire ou éliminer le labour excessif, maintenir une couverture végétale vivante tout au long de l’année et mettre en place des rotations culturales complexes ne sont pas seulement des techniques de conservation. Ce sont les mécanismes biologiques grâce auxquels nous transformons des terres émettrices de gaz à effet de serre en véritables réserves de carbone organique stable.
Le piégeage du carbone comme axe transversal
Loin d’être un concept abstrait, le piégeage du carbone est parfaitement défini. Grâce à la photosynthèse, les plantes capturent le dioxyde de carbone atmosphérique et une partie significative de ce carbone est transférée vers la rhizosphère sous forme d’exsudats et de résidus organiques, alimentant ainsi un réseau trophique souterrain de micro-organismes qui fixent cet élément sous des formes complexes et durables. Notre travail quotidien, dans le domaine du conseil en ingénierie et du développement rural, nous permet de constater que lorsque nous intégrons cette approche dans la gestion agronomique à grande échelle, cela crée un impact direct sur l’atténuation du changement climatique. L’augmentation de la matière organique du sol grâce à une gestion régénérative peut accroître les stocks de carbone du sol, tout en améliorant sa capacité de rétention d’eau — un facteur critique dans les zones soumises à un stress hydrique chronique — et sa résilience face aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Vers un nouveau paradigme agronomique
Le défi auquel nous sommes confrontés, nous les professionnels du secteur, n’est pas d’ordre technique, mais concerne l’échelle et la transition. Il est indispensable de démontrer que la rentabilité économique et la régénération environnementale peuvent aller de pair pour que les agriculteurs et les gestionnaires franchissent le pas définitif. Les outils technologiques actuels et la numérisation appliquée au suivi agro-industriel nous offrent une précision sans précédent pour mesurer, vérifier et certifier ce piégeage du carbone sur le terrain. L’objectif est clair et incontournable. Il s’agit d’évoluer vers des systèmes agroalimentaires qui, ne se limitant pas à produire suffisamment de nourriture pour une population croissante, réparent en outre activement les écosystèmes dont ils dépendent. L’avenir de l’agriculture passe inévitablement par un regard vers le sol, en le reconstruisant pour stabiliser le climat.