11 juillet, 2025
Par José Ángel Carrillo, ingénieur agronome chez Incatema, spécialiste des nouvelles technologies et de la transformation agro-industrielle numérique.
L’agriculture africaine se trouve à un tournant décisif. Avec une population qui pourrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, selon l’ONU, et malgré la pression croissante exercée par le changement climatique, les systèmes agroalimentaires du continent ont la capacité de s’adapter et de se transformer rapidement. Dans ce scénario, l’intelligence artificielle (IA) et le big data ne sont pas des luxes technologiques: ce sont des outils vitaux pour produire mieux et plus durablement.
Ces technologies redéfinissent déjà l’agriculture africaine. De l’Éthiopie au Ghana, les algorithmes, les capteurs et l’analyse prédictive permettent de prendre des décisions éclairées, d’optimiser les ressources et de réduire les pertes. Il s’agit d’une révolution silencieuse mais puissante, qui se produit même sur de petites parcelles de terrain.
Au Kenya, par exemple, l’application Plant Village Nuru permet aux agriculteurs de diagnostiquer les parasites du maïs et du manioc en prenant simplement une photo. Au Nigeria, la plateforme Hello Tractor met en relation les producteurs et les tracteurs en utilisant l’IA pour optimiser les itinéraires et les horaires. Au Ghana, le projet Sat4Farming utilise l’imagerie satellitaire pour conseiller les producteurs de cacao.
Si l’agriculture a bénéficié d’une grande attention numérique, l’élevage africain, essentiel pour des millions de familles, commence également à bénéficier de l’innovation et Incatema joue un rôle décisif de catalyseur dans ce processus. Un exemple emblématique de cette transition en Afrique est l’Angola, où les systèmes pastoraux sont intimement liés à la sécurité alimentaire, aux revenus ruraux et à la stabilité sociale.
L’Angola compte plus de 5 millions de têtes de bovins, concentrées dans des provinces telles que Huíla, Bié, Cunene et Cuando Cubango. Cet élevage est tourné vers l’avenir grâce à l’utilisation de nouvelles technologies, qui modifient la façon dont les animaux sont élevés, contrôlés et commercialisés:
• Capteurs intelligents et IA pour la santé animale : les capteurs portables permettent de surveiller l’état physiologique du bétail et de détecter précocement des maladies telles que la fièvre aphteuse ou la trypanosomiase grâce à des modèles prédictifs.
• Traçabilité numérique : les plateformes mobiles et la Blockchain permettent d’enregistrer l’historique sanitaire et commercial de chaque animal, facilitant ainsi l’exportation et le contrôle sanitaire.
• Gestion du fourrage grâce au big data : l’imagerie satellitaire et les données climatiques sont utilisées pour planifier les rotations de pâturage dans les zones semi-arides, améliorant ainsi la résilience à la sécheresse.
• Marchés mobiles de bétail : applications qui mettent en relation les éleveurs ruraux avec les acheteurs urbains et les entreprises du secteur de la viande, optimisant ainsi les prix de vente et réduisant la dépendance à l’égard des intermédiaires.
Si l’Angola montre la voie, les technologies numériques dans l’agriculture et l’élevage offrent une série de solutions pour l’ensemble du continent, des défis structurels subsistent, tels que la faible connectivité dans les zones rurales, le manque de formation technique, la faible disponibilité des données locales et le financement limité de l’innovation numérique, qui est également totalement adaptée au contexte africain.
La bonne nouvelle, c’est que le changement suit son cours et que dans des zones comme l’Angola et le Cameroun, dans l’Adamaoua en particulier, il existe des initiatives et des projets où l’IA est utilisée pour numériser et gérer l’agriculture et l’élevage, apportant un impact direct sur la vie de milliers de familles rurales. Les universités locales et étrangères, les jeunes, les agriculteurs, les coopératives agricoles et les communautés pastorales sont de plus en plus concernés et interconnectés. Si cette transformation numérique de l’agriculture africaine – et en particulier du secteur de l’élevage – est soutenue par des investissements à long terme, les résultats peuvent être très positifs.